Prix HLM, Partenaires des âgés 2019

Luc BroussyParce qu’il peut tout à la fois se révéler facteur d’inclusion comme facteur d’exclusion s’il est inadapté, le logement d’une personne âgée se doit d’être au cœur de nos préoccupations. Or, alors que tout le monde insiste sur la volonté des français de vieillir chez eux, l’approche domiciliaire apparaît trop souvent comme le « trou dans la raquette » des politiques publiques du grand âge.

Pourtant, vieillir « chez soi » suppose que ce « chez soi » soit compatible avec les fragilités qui ne manqueront pas d’apparaître au fil des ans. Et si les années 1990-2010 furent celles de la construction d’un grand réseau d’Ehpad fort de 700.000 places, les deux décennies à venir devront être et seront celles de l’adaptation des logements au vieillissement de leurs occupants.

75% des seniors occupant un logement dont ils sont propriétaires, l’effort d’adaptation devra prioritairement porter sur ce type d’habitat. Mais si cette adaptation s’avère compliquée à réaliser ou trop coûteuse, le choix d’un autre domicile devra s’imposer. Car il ne suffit pas qu’un logement soit accessible : encore faut-il qu’il ne soit ni isolé, ni situé à 5 kilomètres de la première boulangerie, ni accidentogène.

Mais, dans le même temps, nous allons assister à un vieillissement massif des locataires du parc HLM. Si 13% des seniors de 65 ans et plus logent aujourd’hui dans le parc HLM, ils représentent 20% des locataires actuels, proportion qui pourrait s’élever à 35% dans 15 ans. Dans le même esprit, le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires a récemment mis en exergue la dynamique de vieillissement dans les 1.200 Quartiers de la Politique de la Ville (QPV), une dynamique qui sera particulièrement marquée dans 200 de ces quartiers.

La responsabilité des bailleurs sociaux est donc immense. Il leur faudra notamment répondre à trois défis :

  • Adapter le parc existant

Sur les 5 millions de logements sociaux, nombreux sont ceux qui devront s’adapter au vieillissement de leurs occupants. Le chantier est immense et ne fait que commencer. Il concerne aussi les 100.000 logements des résidences-autonomie dont les murs sont souvent la propriété de bailleurs sociaux.

  • Penser un habitat alternatif

Au-delà, il conviendra d’inventer de « nouveaux chez soi ». Les baby-boomers montrent déjà qu’ils privilégient de plus en plus l’usage à la propriété. Demain, ils seront de plus en plus nombreux à quitter le logement dont ils sont propriétaires pour un hébergement alternatif. Aux bailleurs sociaux d’être imaginatifs et de proposer une palette de solutions : habitat groupé, colocations, résidences intergénérationnelles, résidences autogérées…

  • Lutter contre l’isolement social

La carte de France de l’isolement montre que c’est en milieu urbain que la solitude des personnes âgées est la plus accentuée. Là aussi, le défi est immense pour celles et ceux qui ont la responsabilité de loger nos concitoyens âgés.

  • Anticiper les évolutions technologiques

Enfin, le monde HLM devra être attentif aux évolutions technologiques et numériques permettant une meilleure prise en charge du vieillissement. Domotique, objets connectés, téléassistance constitueront les outils indispensables de demain.

L’implication des bailleurs sociaux et au-delà des grands opérateurs du logement est dont essentielle. Dès maintenant, le domicile privé doit devenir une affaire publique.

Luc Broussy
Président du jury, président de France Silver Eco

Fermer

.    .   Groupe Caisse des Dépôts Sécurité Sociale - l'Assurance Retraite